,Du haut des cimes, elle contemple. L’horizon s’étend sous ses yeux.

Aussi loin qu’elle regarde, elle ne voit qu’une vaste étendue brune, verte, ocre et cette drôle de langue bleue qui s’étire et ondule.

La poussière s’élève, battue par les sabots des troupeaux qui foulent cette terre depuis des temps immémoriaux.

Elle contemple.

Elle ferme les yeux, et ressent le battement de la Terre qui vibre sous ses pieds.kbt601qshuc-joseph-argus

La force sauvage d’une nature brute, vivante, où chaque année se répète inlassablement le cycle mystérieux de la vie.

Saison du Feu, la Terre s’assèche, craquelle, les herbes disparaissent. Les bêtes qui sont restées, se tapissent sous les rochers, dans les terriers, et attendent, résignées, que le soleil se couche, et que la nuit leur offre un peu de répit. La vie est comme suspendue, les forces se rétractent, les organismes s’économisent, pour lutter contre les assauts d’une chaleur qui épuise. Royaume de la patience, de la lenteur, de la nonchalance.

Puis revient la Saison de l’Eau, et avec elle, l’espoir du renouveau.

Plic, ploc…premières gouttes.

Plic, ploc, plic, ploc. Le rythme s’accélère.

Les gouttes rebondissent sur le sol, avant d’être englouties par la Terre, assoiffée.

Les bêtes sortent pour célébrer la promesse que ces minuscules particules d’eau font pétiller dans leur cœur. D’autres arrivent en masse. Mues par leur instinct, elles ont parcouru des milliers de kilomètres, sentant dans l’air que l’eau était de retour.

Tous et toutes se réunissent sous les rideaux de pluie qui tombent sur leurs croupes, glissent le long de leur encolure, pour venir caresser leur échine.

Le cuir des peaux redevient souple, les langues desséchées plongent dans les premières flaques, les corps se roulent dans la boue.

La boue, ce mélange divin de terre et d’eau, berceau de la vie qui s’éveille à nouveau.

Les herbes avaient disparu de la surface, laissant leur énergie descendre dans les profondeurs plus fraîches, en attendant que les temps soient plus cléments.

La graine a été patiente.

Elle a accepté avec sagesse cette saison de repos forcé, pour mieux éclore une fois la pluie revenue.

La graine sent la vie revenir au-dessus d’elle.

Elle ressent le martèlement des sabots qui battent le sol avec enthousiasme.

Elle entend le bruit des gouttes qui chantent.

Elle perçoit le changement de texture de son écrin de terre, qui s’ameublit, qui se gorge à nouveau de cette eau qui éveille.

Elle se connecte à la force de vie que son germe renferme.

Une intuition lui murmure que le moment est venu.

Sors…Accueille tranquillement l’eau…Laisse ton écorce s’assouplir…

Laisse-toi baigner par l’énergie de l’eau sacrée…

Laisse la chaleur de la terre et la douceur de l’eau accoucher de toi…

Puis étire-toi, doucement.

Sors la tête, fraie-toi un passage, et ouvre les yeux en contemplant le dehors.

Fais une pause… pour que tes racines se fortifient…poussent…s’allongent.

Ta tête vise les étoiles, tes racines vivent dans les profondeurs.

Tu veux monter ? Laisse tes racines descendre…Voilà.

Tu grandis, en équilibre dans tes contraires, la partie visible de toi, soutenue par ta partie invisible enfouie dans les entrailles de ta Terre.

C’est ainsi que petite graine, tu deviendras grande. Tu deviendras Toi.

Que tu offriras au Monde tout ce que son germe contient de magique et de pétillant. Continue petite graine.

Sois fière de ce miracle que tu accomplis, en étant là, en étant toi, en te laissant porter par la force de la nature qui est la tienne.

Déploie-toi avec majesté, et entre dans la danse merveilleuse de la Vie.

 

Elle ouvre les yeux, et contemple à nouveau cette vaste étendue brune, ocre, verte.

Cette langue bleue qui s’étire et ondule.

Mais quelque chose a changé. Aurait-elle rêvé ?

Elle ressent le battement de la Terre, qui vibre à présent dans son cœur, dans ses entrailles.

Elle est là, juste là.

Plantée dans sa Terre, la Tête dans les étoiles.

Elle se déploie avec majesté, et entre dans la danse merveilleuse de la Vie.