J’ai peur.

2kwvb4wkm-4-joshua-k-jacksonJe sens la pulsion de dire, d’exprimer, mais j’ai une peur bleue de me montrer, de m’exposer. Ça bouillonne à l’intérieur, je le sens, c’est confus, c’est contenu, c’est agité.

Mais j’ai peur de ce bouillonnement qui est moi, j’ai peur de ce qu’il est, de ce qu’il provoque.

Alors, pour éviter son courroux, je m’incline, je me recroqueville, je me tais.

Je fais taire celle que je suis, pour le laisser en paix.

Je me mets sous la protection de l’homme, du puissant, parce que je préfère être sa fausse amie que sa meilleure ennemie.

Je me laisse dominer, je me laisse museler, je me laisse enfermer.

Pour me protéger, pour le protéger, mon corps me coupe de mon propre désir, je suis une marionnette sans fil, je m’éteins, je me contiens, je me restreins.

Mes ailes, je les dissimule, mon cœur je le fais taire, ma chair je la fais discrète.

Mon ventre est noué, ma gorge est serrée.

Surtout, ne pas ressentir.

Surtout, ne pas laisser remonter cette chose, qui vit en moi, qui hurle à l’intérieur.

Surtout, ne pas lâcher la bête, ce fauve qui terrorise.

Surtout, ne pas dire.

Surtout, ne pas montrer.

Surtout, ne pas être.

Alors, je me réfugie bien à l’abri de l’homme, du pouvoir, parce que je crois qu’être dans le sillage d’un puissant est plus simple, plus sécurisant.

Mais je le vois bien, je me maltraite, je me bâillonne, je me rends esclave.

J’ai tellement peur d’être humiliée pour qui je suis, j’ai tellement peur que l’autre me condamne, j’ai tellement peur de son regard, celui qui humilie, qui écrase, qui détruit.

J’ai tellement peur de sa sentence, qui condamne, qui ôte la vie, parce que mes profondeurs lui font peur.

L’autre a peur de moi, et cela m’effraie.

La peur que je vois dans son regard, que j’entends dans ces mots, me brise le cœur.

Je vois qu’elle devient colère, rejet, condamnation, injures, blasphèmes.

Je comprends qu’il ne peut rien faire d’autre que me détruire, parce qu’il craint pour sa survie.

Mais moi, je ne lui veux pas de mal, bien au contraire.

Je suis là pour l’éveiller à lui-même, je suis là pour l’aider à se reconnecter au Désir, au Divin, au Sacré.

Et lui me rejette.

Mais je ne peux pas t’effacer, puisque tu es la source même de ma vie, de qui je suis.

C’est à partir de Toi que je respire, que mon corps vibre, que mes cellules dansent.

Comment ai-je pu te faire autant de mal, en te négligeant, en te reléguant au fond de ce si joli coffre que je n’ouvre jamais ?

Ô toi, ma Perle, ma Pépite, ma Flamme,

aide moi à reprendre le chemin qui me mène jusqu’à Toi.

Aide moi à me réconcilier, à prendre soin de Toi, de Moi, de Nous.

Je sais ta force. Elle m’effraie, tu le sais. J’ai peur de ta puissance.

J’ai peur qu’elle me conduise à nouveau sur le banc des accusées, des pècheresses, des rejetées. .

Ô toi, ma Perle, ma Pépite, ma Flamme, aide moi à guérir de mes blessures.

Montre-moi le chemin vers moi-même, montre moi le chemin qui me mènera à lui.

Aide-moi à me réunir, à ressentir, à me sentir.

En cette fin d’été, le sol est sec.

Si je me laisse être qui je suis, quelle blessure irréparable vais-je encore lui

infliger ? Je ne lui veux pas de mal, bien au contraire.

Je ne veux que son bien. Alors je me façonne pour me rendre acceptable à ses yeux, je prends la forme de ce qui le rassure, je lui laisse l’impression qu’il est le seul maître à bord.

Jusqu’au jour où…

Jusqu’au jour où le feu qui vibre en moi se rebelle d’être si petit, si rabougri, si étouffé.

Jusqu’au jour où la pulsion se fait plus forte, jusqu’au jour où elle m ‘écartèle, où elle tord mon ventre, mon dos, pour exister.

Je ne veux pas l’entendre, je la comprime, elle n’y tient plus.

Ô toi, ma Perle, ma Pépite, ma Flamme, je sais que tu es là.

Bien sûr que je te sens, là, au fond de moi.

Je fais tout pour me faire croire que tu n’es pas là, que tu es autre, différente, pour me faire croire que tu n’existes pas.

Ma tête m’invente des histoires pour que je t’oublie, pour que je te fasse disparaître.

Aujourd’hui, la pluie vient ouvrir la Terre, l’ameublir, la libérer.

Je laisse glisser les gouttes sur mon visage, les larmes roulent sur mes joues.

Ma Terre est prête à accueillir le don du ciel.

La voie s’ouvre.

La Graine est sur le point d’éclore.

Audrey Barat