burn out du militant | Attraper vos rêves

 

J’ai passé quelques années dans un milieu de personnes qui se disent « militantes », et qui passent leur vie à dénoncer, lutter contre, s’indigner à tout va. Et j’en parle d’autant plus facilement, que j’ai joué moi-même ce personnage, sous les traits d’une journaliste «engagée ». Je côtoyais donc des militants syndicaux, associatifs, des groupes qui étaient « contre quelque chose », et qui le faisait savoir à grands coups d’articles, de manifs, de mails, d’évènements anti-trucs, anti-machin, anti-chose. Nous avions tous un point commun, celui de vouloir changer le monde, de rêver d’égalité et d’harmonie entre les humains. Et dans notre façon de voir le monde, nous avions désigné un coupable idéal : les « puissants » de ce monde, et le système qu’ « ils » ont créé. Le diable incarné, à l’origine du désordre mondial, et de tous nos soucis.

Partant de ce constat, le raisonnement était très simple : pour changer le monde, il fallait éradiquer les banques, éradiquer les patrons, les élus, éradiquer tout ce qui ne semblait pas correspondre à nos points de vue. Le leadership était diabolisé, car synonyme d’oppression. La réussite individuelle jugée individualiste (comprenez égoïste). J’ai ainsi passé quelques années à juger sans discernement les patrons, les banquiers, les riches, en toute bonne foi, persuadée de contribuer ainsi à l’évolution vers de meilleurs horizons.
Sauf qu’au bout de quelques temps, je me suis rendue compte que je ne réussissais pas à convaincre grand monde du bien-fondé de mes opinions. Je tournais en rond dans un cercle étriqué, composé d’individus en apparence semblable. Nous nous auto-persuadions que nous étions incompris, que « les gens » ne comprenaient rien, et qu’il faudrait bien que tout pète pour que nos idées s’imposent enfin à la société.
J’étais devenue une machine à râler, à juger, à condamner.

Au fond de moi, un trou béant, un vide abyssal.

Une intime conviction que je me trompais littéralement de chemin. Je m’isolais, je m’étiolais, je m’asphyxiais.
Ma force de vie qui avait envie de rayonner, de trouver sa place, se sentait empêchée d’exister. Je rêvais de voyager, mais ma voix moralisatrice de militante me disait que c’était mal. Parce que ça polluait, et que le tourisme était source d’exploitation. Je rêvais de créer un lieu de bien-être, où les gens pourraient venir se ressourcer. Mais ma voix de militante-moralisatrice me disait que ce lieu ne serait accessible qu’aux personnes qui avaient « les moyens ». Et que donc c’était mal. Je rêvais d’avoir une jolie maison, mais ma voix de militante-moralisatrice me disait que si je faisais un crédit à la banque.J’entretenais le système, et je m’enchaînais.

Oui, j’étais enchaînée. Mais pas « au système ». A mon propre système. Celui que je m’étais fabriquée pour me rassurer. Celui qui me faisait croire qu’en luttant contre tous mes ennemis désignés, je réussirai à trouver la paix en moi. Celui où finalement, je donnais tout mon pouvoir à ces éléments extérieurs que croyais devoir combattre pour vivre. Je confondais tout. Puissance et domination. Leadership et oppression. Je sombrais dans la culpabilité, je refusais de recevoir l’abondance, de vivre dans le confort. Jusqu’à ce que je réalise à quel point j’étais embrigadée dans des dogmes, une religion, dans la bien-pensance révolutionnaire, qui sous couvert de lutter contre l’oppression, cherchait finalement à imposer sa propre tyrannie. Comment avais-je pu croire que le fait de vociférer à la terre entière ma colère était un bon moyen d’amener de l’harmonie dans ce monde ?

scène de lutte | Attrapez vos rêves

Comment avais-je pu prétendre créer du lien en étant intolérante envers tout ce qui ne rentrait pas dans ma conception du « bien » ?

Qu’est ce qui me faisais croire qu’en vivant une vie étriquée, sans le sou, je pouvais contribuer à aider les autres à s’élever de leur condition ? Pourquoi pensais-je que mon point de vue était la clé pour sauver l’humanité ?

Puis j’ai eu la chance de croiser d’autres énergies. Des associations autour de l’écologie notamment dressaient un constat peu glorieux sur l’état du monde agricole, mais ne s’y appesantissaient pas. Les bénévoles préféraient mettre en place des solutions concrètes, plutôt que de passer leur temps à critiquer les uns et les autres.

Ils essayaient même de dresser des ponts avec des groupes ou personnes qui ne partageaient pas les mêmes opinions. Et bizarrement, cette façon d’être créait une émulation, et permettait à certains dossiers d’avancer. Ho, bien sûr, tout n’était pas miraculeusement transformé d’un coup de baguette magique. Mais les résultats étaient là. Le lien se faisait. Les points de vue se modifiaient, s’assouplissaient.
Je me suis donc peu à peu détendue. J’ai senti qu’être dans un état de colère permanente brûlait tout sur son passage.

 

poing en l'air | Attrapez vos rêves

J’ai vécu un sacré retour de manivelle.

Puis la déprime a finalement pris le dessus, ce qui m’a permis de revoir mes fondations. De me reconnecter au cœur de ce qui vibre au fond de moi, et dont je m’étais coupé par sentiment d’impuissance. De sentir que seul l’Amour inconditionnel était la clé pour changer la vibration du monde. Que je devais d’abord commencer par agir dans mon petit monde : moi, mes proches, mes relations de travail. Et que ce n’était déjà pas si mal.

Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas s’indigner, qu’il ne faut pas avoir de colère contre un monde où des humains, des animaux, la nature, souffre du fait de nos comportement et de notre fonctionnement brinquebalant.
Je ne dit pas qu’il faut accepter l’inacceptable
Je dis juste que la colère est un moteur, mais que nos actes, nos paroles et nos pensées ont bien plus de portée si elles s’enracinent dans le cœur, la bienveillance, l’envie de construire collectivement dans la joie et l’enthousiasme.

Et que cette construction collective passe par accepter le point de vue de l’autre,

de celui que je prends pour un ennemi parce qu’il ne pense pas comme moi.
Si je cherche à détruire mon ennemi, comment puis-je espérer une société où l’on arrive tous à vivre ensemble, en paix ? Je ne dis pas là encore, que tous les humains sont faits pour s’entendre. C’est une illusion qui nous mène tout droit à l’échec. Mais comment instaurer une harmonie entre les êtres, si nous entretenons la division, la haine de ceux et celles qui ne pensent pas et ne vivent pas comme nous, si nous passons notre temps à espérer l’échec de ceux qui sont au pouvoir, en attendant de leur voler leur place pour imposer nos idées ?
N’est-ce pas cela la vraie tyrannie ?

 

J’ai peu à peu entrepris un chemin pour commencer à trouver la paix en moi, et pour faire de mes indignations le terreau d’un élan orienté vers la joie. J’ai compris qu’en me coupant de ma propre puissance intérieure, je me coupais de ma liberté.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.